L’Afrique francophone et la problématique de l’éducation : Quelles pistes pour repenser le système éducatif ?

SY Amadou, L’Afrique francophone et la problématique de l’éducation
SY Amadou, L’Afrique francophone et la problématique de l’éducation

Par Amadou SY

Depuis l’aube des indépendances, force est de constater que le système éducatif des pays d’Afrique francophone est à vau-l’eau. Si rien n’est fait, c’est même une lapalissade de corroborer qu’on va droit dans le mur de l’échec – certains disent qu’on est déjà dans le mur, c’est le moins que l’on puisse dire. A qui la faute ? difficile à dire, puisque les responsabilités sont partagées. Si les parents d’élèves ont failli à leur devoir d’encadrement dans les familles, les Etats à travers leurs politiques de l’éducation approximative avec des enseignants mal formés poursuivent leurs projets de construction de grandes universités qui forment en grande partie des futurs chômeurs très souvent incompétents donnant l’impression de tout connaître. Le constat est donc amère, puisque le système éducatif actuel dans la plupart des trente et un pays d’Afrique francophone n’est que l’accumulation de toutes les tares du passé : conspiration, perversion, stratagème politique, gestion approximative des administrations entre autres. Au regard de ce qui vient d’être souligné, Il est donc grand temps de repenser le système éducatif de l’Afrique francophone. Pour ce faire, il faut des nouvelles mesures drastiques :

  • Reformer en profondeur les programmes d’enseignements secondaire et supérieur

Il y a un gros décalage aujourd’hui entre les programmes actuels surchargés et sans débouchés professionnels, et les secteurs économiques qui sont en carence de personnel qualifié pour aviver leur essor. Le contenu des programmes devra tenir compte du contexte économique de chaque pays. Il faut dans un premier temps, revaloriser les métiers liés à l’agriculture, l’élevage, et l’artisanat. Car, sont plus en adéquation avec la structure actuelle de la plus part de ces économies. Et les pays pétroliers (par exemple, le Gabon affiche seulement une contribution de moins de 4% du PIB de son secteur agricole), devront développer davantage l’agriculture, l’élevage et la pêche. Dans tous les cas, cela nécessite depuis l’enseignement secondaire jusqu’à l’université : l’intégration des programmes spécifiques et adaptés aux secteurs agricole, artisanale, et de la pêche. Dans un deuxième temps, insérer des programmes de culture générale nécessaires afin de préparer les élèves et étudiants à braver une fois diplômés, aux exigences de la vie professionnelle. Enfin dans un troisième temps (le plus important ?), il est nécessaire de promouvoir l’apprentissage assisté par ordinateur. Des reformes sont indéniablement nécessaires dans ce sens pour inciter (obliger ?) les établissements privés secondaires et supérieurs à s’équiper au moins d’une salle informatique. En effet, il est impératif d’insérer dans les programmes au moins 2 heures de cours d’informatique obligatoire par semaine. L’enseignement automatisé dans les programmes permettra de remédier à l’insuffisance de professionnels qualifiés dans différents domaines surtout dans les disciplines scientifiques. En outre, l’envie des élèves à apprendre de nouvelles choses, et leur curiosité de manipuler un ordinateur est un surplus de motivation efficace à leur présence en cours faisant ainsi diminuer le taux d’absentéisme et le taux d’échec scolaire. Par ailleurs, les États doivent aussi remplir pleinement leurs rôles en équipant davantage les écoles publiques du secondaire à l’université, des salles informatiques de qualité. Ces mesures permettront de réduire significativement les incartades entre les programmes d’enseignements et les besoins réels de l’économie en main d’œuvre qualifiée dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche.

  • Création de l’Université de l’agriculture, de l’élevage et de l’artisanat (UAEA)

Nos universités actuelles forment des futurs chômeurs qui basculeront très rapidement dans l’informel qui alimente l’économie de ces pays pour environ quatre vingt pour cent des échanges. C’est un manque à gagner pour chaque État puisque, ces agents dans l’informel ne sont pas assujettis à la fiscalité. C’est également absurde et dérisoire de constater que les jeunes diplômés parfois après un doctorat, sont obligés de travailler dans des métiers qui sont en décalage total avec leur domaine de qualifications. Pour remédier à ce problème majeur, la création pour chaque État d’Afrique francophone de l’Université de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Artisanat (l’UAEA) est nécessaire pour former de véritables agents économiques en parfaite adéquation avec la configuration actuelle de l’économie de ces pays. Toutefois, l’essentiel des formations au sein de l’UAEA devra être focalisé sur des licences spécialisées sur deux à trois ans. Seul, un échantillon d’étudiants présélectionnés devra continuer dans les mastères professionnels et de recherche. Les avantages de l’UAEA sont nombreux. Les nouveaux agents formés seront aptes de bien rentabiliser par exemple les terres agricoles, de bien maitriser l’eau, d’accroître la productivité et au final de contribuer de manière efficace à la réduction du chômage surtout dans les zones rurales. Par ailleurs, l’UAEA permettra l’accroissement de l’entrepreneuriat des jeunes dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de l’artisanat. Aussi, réduire significativement l’émigration puisque la main d’œuvre locale surtout dans les milieux ruraux sera très sollicitée.

  • Réduire significativement le nombre d’entrée dans les universités surtout dans les filières de l’Économie et de Droit.

L’université́ doit être réservée aux candidats ayant le baccalauréat avec  la mention 11/20.  Oui, cela ne passe pas forcement auprès de la majorité des bacheliers mais c’est une mesure plus que nécessaire surtout quand on sait que l’état actuel de nos universités en termes d’effectif laisse à désirer. Les pays d’Afrique francophone n’ont pas été́ à même d’instaurer une sélection à l’entrée à l’enseignement supérieur (à l’exception de l’Université́ de Niamey au Niger et de l’Université́ d’Antananarivo à Madagascar). Il faut impérativement désengorger les amphis théâtres qui sont pléthoriques conjugués à des étudiants qui exhibent de plus en plus de piètres qualités intellectuelles. Il faut reconnaitre que tout le monde n’est pas apte à poursuivre des études universitaires. Dans ce cas, il serait plausible de définir les qualifications obligatoires pour tous depuis à la dernière année du lycée. La question à se poser sera alors quelle qualification pour chaque individu ? Bien sûr, pour certains, cette qualification impliquera une formation universitaire. Pour d’autres, non ! Puisque certains se dirigent vers l’université parce que c’est « la façon » qu’on leur a indiqué de réussir dans la vie, sans autre réflexion…  alors que pour eux, pour les individus qu’ils sont, ce n’est pas le cas, la bonne formation à la bonne personne et non sans l’université, point de salut ! Grâce à ces mesures, les universités recruteront en fonction des places disponibles et de leurs budgets pouvant assurer un enseignement supérieur de qualité́. En outre, le redoublement d’une année à l’autre, ne devrait pas être accepté si l’étudiant ressort avec moins de 7/20 à l’examen et le nombre de passages d’une filière à l’autre ou d’une faculté́ à une autre ne devrait pas dépasser le chiffre un.

  • Mettre en place le système de l’alternance pour développer le « learning by doing » dans les formations techniques et professionnelles

En tenant compte des besoins de l’économie du pays, la réussite de l’éducation nationale passera aussi par le système d’alternance dans les formations techniques et professionnelles. Il s’agit d’établir un contrat tripartite entre l’élève, l’école professionnelle et l’entreprise. L’accès au monde du travail de l’élève se fait tout d’abord par une phase d’apprentissage dans l’entreprise de trois à quatre jours par semaine. Cette phase est complétée par une formation parallèle d’un à deux jours par semaine dans une école technique et professionnelle. Ce caractère dual de la formation professionnelle composée d’une phase en entreprise et d’une phase scolaire, est l’une des solutions pour redonner de l’élan au système éducatif des pays d’Afrique francophone. Mais aussi, pour répondre efficacement aux besoins de main d’œuvre qualifiée que les économies de ces pays exigent. En outre, ceux/celles qui n’auront pas la chance de bénéficier du système de l’alternance, lorsqu’ils sont encore dans les écoles techniques et professionnelles, suivront obligatoirement deux mois de stage rémunéré et subventionné par l’État dans certains cas auprès des entreprises et exploitations agricoles. Cela pourrait être 3 mois de stage pour les étudiants au niveau de l’UAEA. Au cours de cette période de stage, les jeunes font le bilan de leurs atouts et de leurs points faibles, bénéficient d’une orientation professionnelle et acquièrent des aptitudes professionnelles de base et une qualification élémentaire, directement axée sur l’entreprise et sur un métier. De plus, les entreprises ou les exploitations agricoles sont mieux placées que les établissements scolaires publics ou privés pour donner aux jeunes une formation pratique et efficace à travers le « learning by doing ». Des reformes sont donc nécessaires au niveau de chaque pays pour créer des collaborations étroites entre les élèves/étudiants – les écoles techniques et professionnelles ainsi que l’UAEA – et les entreprises publiques et privées dans les secteurs de l’agriculture, l’élevage et de la pêche. Cela permettra de trouver la solution à la fois la plus efficace et la moins coûteuse pour la réussite du « learning by doing ».

  • Donner plus de pouvoir aux collectivités

Depuis quelques années, la plus part des pays d’Afrique francophone ont lancé un processus de décentralisation. L’objectif est de donner plus de pouvoir aux collectivités territoriales. Dans ce sens, la place de l’éducation est primordiale pour la réussite de cette décentralisation. Les collectivités territoriales à travers les communes, les cercles et les régions ont un rôle important à jouer. Ces États doivent privilégier des opérations de décentralisation des compétences qui exalteront le poids des collectivités territoriales pour le bon fonctionnement du système éducatif. Il faut la mise en place des lois pour définir et préciser la répartition des rôles et des compétences des collectivités locales en matière d’éducation. Pour les communes, l’accent doit être mis sur l’implantation, la construction, l’équipement, le fonctionnement et l’entretien des écoles maternelles et élémentaires. Elles sont responsables des personnels non enseignants (accueil, restauration, etc.). Pour les cercles, l’accent doit être mis sur la construction et les travaux dans les écoles de l’enseignement secondaire. Ils doivent assurer de manière générale l’équipement et le fonctionnement des écoles au moyen de subventions ou en faisant des contrats de marché.

Enfin, les régions doivent uniquement se consacrer à la construction des Universités de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (l’UAEA). Chaque région assure les dépenses d’équipement et de fonctionnement (subventions ?) de son UAEA et contribue au financement des établissements dans les cercles et communes sur son territoire. Par ailleurs, la région définit la politique régionale d’apprentissage et de formation professionnelle des jeunes et adultes à la recherche d’un emploi ou d’une nouvelle orientation professionnelle. L’avantage de la décentralisation du système éducatif dans les collectivités, permettra d’apporter de l’authenticité et de l’efficacité dans le développement des territoires. En impliquant l’individu aux différents phases des choix, des décisions et des contrôles, la décentralisation du système éducatif  dans l’Afrique francophone favorisera également l’information et la consolidation de la communication ainsi qu’une meilleure prévention et / ou gestion des conflits. A ce niveau, la décentralisation avec le renforcement des services publics, la construction d’infrastructures de base et la restructuration des secteurs de l’économie est sensée stimuler le développement local.

Conclusion

Toutes ces propositions et ces mesures doivent permettre de transformer de fond en comble les structures du système éducatif des pays d’Afrique francophone qui seront désormais tournés vers l’efficacité.

En somme, les pays d’Afrique francophone secoués par les problèmes de l’éducation, doivent s’atteler de mettre en application les reformes nécessaires pour renouer à l’efficacité. Changer profondément les programmes d’enseignements secondaire et supérieur, créer l’UAEA dans chaque région du pays, réduction le nombre d’entrée dans les facultés d’économie et de droit, et l’attribution de plus de pouvoir aux collectivités locales. Ce système éducatif tourné vers les compétences des acteurs contribuera significativement pour mettre fin au désastre éducatif.

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