Le tribalisme, la tribalité et la Fédéralitude. Quels enjeux ?

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Par Gregory Tankes

Dans l’article « Fédéralisme et tribalité : la Fédéralitude au coeur du débat » je traitais déjà un sujet similaire en opposant le tribalisme à la tribalité (défendue par Kovalin Tchibinda Kouangou) sans trop entrer dans les méandres de cette tare héritée et transmise de génération en génération dans certains groupes ethnolinguistiques par certains de nos aînés.

Je fais le choix aujourd’hui, d’ouvrir le sujet avec sincérité en m’appuyant sur des éléments concrets et réalistes qui minent nos sociétés, qui depuis la nuit des temps, sont des sociétés multiculturelles. Étant donné qu’elles existent avant la création de l’état-nation, nous pouvons aussi les qualifier de nations tribales.

L’état-nation et la tribalité africaine : quel lien ?

Selon la vision du monde occidentale, la nation réduite et confondue avec le concept de la république serait « une et indivisible ». Ce qui, vous l’aurez compris n’a aucun sens avec la réalité africaine, car elle nie l’existence de la pluralité culturelle, ethnolinguistique et induit d’office une notion de citoyenneté dont l’assimilation ne s’est toujours pas faite, 50 ans après les indépendances.

« La tribalité est donc fondée sur l’héritage millénaire de nos tribus, forgé par des pratiques, des usages, des us et coutumes permettant de régler et réguler un « vivre ensemble ». Nous pensons en effet qu’il y a dans les us et coutumes des différents groupes ethnolinguistiques du Congo-Brazzaville, des moyens de trouver les conditions d’un « vivre ensemble » qui apportera la paix, le développement et la prospérité ».
La tribalité est donc l’élément dominant de la culture et de l’identité Africaine en général. Elle  rythme non seulement la vie de la cité, mais elle conditionne également les relations entre nos contemporains et régule le vivre ensemble.

La tribalité induit inconsciemment la notion de nation tribale, qui s’accorde difficilement avec la notion occidentale de l’état-nation et de son célèbre slogan qu’il n’est plus nécessaire de citer ici.

En opposition avec la notion qui définit un groupe humain vivant dans un espace territorial donné donc des frontières, comme étant une nation, sans toutefois tenir compte de la diversité dont regorgent nos pays et surtout sans tenir compte du fait que les entités ethnolinguistiques et culturelles possèdent un ancrage territorial. Elles sont alors niées au profit d’une conception venue d’ailleurs qui ne leur accorde pas la juste place qui est la leur, car désormais obligés de cohabiter dans ces grands territoires qualifiés de “nation” et qui sont les seuls à jouir d’une reconnaissance nationale et internationale.

Sur le territoire africain, les ethnies ont généralement un ancrage territorial. Elles occupent un espace clairement identifié et organisent leur société sur  ces territoires souvent en cohabitant parfaitement, ce qui explique que l’on identifie des individus à leurs territoires.
Ces territoires sont les espaces d’expressions de leurs identités culturelles.

C’est également, le terrain de l’esprit de la Fédéralitude dont José Mene Berre est l’initiateur dans le but d’exalter le vivre ensemble en prenant racine dans le caractère tribal de chacun de nous.

Les langues nationales reléguées au rang de dialectes

Les langues nationales ont été reléguées aux arrières plans de l’histoire par les colonisateurs afin de stopper la transmission de la culture et des valeurs culturelles des colonisés. Elles ont de ce fait, perdu leur force et leur pouvoir pour ne devenir que de simples dialectes. La langue venant de l’occident s’est imposée comme seul moyen de communication. L’utilisation des langues locales ou nationales mélodieusement léguées par mère nature était alors considéré comme démoniaque.  A cela se sont ajoutés de nombreux autres facteurs qui ont coupé l’africain de sa réalité, pour le plonger dans une sphère fabriquée par d’autres et qui achèvent le travail de destruction de la tribalité à savoir : les religions importées, l’école, etc.

Le nouveau monde dessiné par les uns et suivi par les autres

 L’occident pousse l’humanité dans un nouveau monde, dont elle seule tient les clés. Elle peut même décider de faire la promotion de tel ou tel groupe ethnolinguistique, afin de créer une concurrence tribale qui les éloigne des vrais sujets et donne naissance à la philosophie tribale, qui deviendra plus tard le tribalisme.
Il faut le dire : le tribalisme est une plaie ! Un cancer ou une maladie honteuse que devraient se garder de promouvoir tout individu normalement constitué de la tribalité et d’un fantasme hégémonique qui n’a produit jusque-là, que de la désolation (divisions et guerres intestines qui fragilisent les peuples africains).
C’est de l’instrumentalisation de la tribalité que certains hommes politiques ambitieux, entretiennent savamment pour fuir leurs responsabilités face à l’état-nation, mais surtout dans le but d’imposer  « un rapport de force » sans intérêt, mais qui flatte les égos surdimensionnés de pervers narcissiques.

Ces pervers narcissiques, refusent de comprendre que le monde est immense et que les fantasmes de dominations s’appuyant sur la prétendue pureté de la race d’un groupuscule ethnique sans aucune envergure mondiale est une utopie nauséabonde, qu’il est préférable d’abandonner dans la cuvette des toilettes lorsque l’on quitte le cabinet de son psychiatre.

Donnons un sens plus noble à la nation et au « vivre ensemble »

Pour moi, la nation est avant tout un lien spirituel, qui unit des individus occupant un espace donné à qui l’on attribue une nationalité, mot qui découle de la nation, mais fait naître la notion de citoyenneté qui confère à chacun de nos contemporains des droits, mais aussi des devoirs vis à vis d’une patrie qui serait la leur et qui demeurerait au dessus de la nation tribale.

Quant au vivre ensemble, il s’agit d’une règle de vie que chacun de nous doit s’approprier. Il induit une notion de douceur bienveillante et de savoir être avec les autres. Il permet d’interagir en créant un climat d’éthique humanisant qui autorise à chacun d’exister, de participer et de contribuer à son propre bonheur tout en investissant sur le bonheur de tous.

Dans une société où les équilibres changent sans arrêt et ou l’humain est désireux de vivre en harmonie avec toutes vies autour de lui, il est primordiale d’ouvrir la porte qui permettra l’adhésion de tous à une idéologie du mieux être et du bien vivre en redonnant à chacun, un espace d’expression de ce qu’il est ou souhaite être. Ceci nous enrichira mutuellement de toutes les bonnes influences que peuvent véhiculer toutes les identités qui constituent la nation.

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La Fédéralitude comme seule voie, pour l’expression des identités, tout en nous dirigeant vers le 22ème siècle.

Si on prend le cas du Gabon, on verra que pour certains “au commencement était le MVET”,  pour d’autres “l’histoire du village ou de la cité commence par OKOUYI”,  et pour d’autres encore, “le BWITI est l’essence et la conscience cosmique qui régit le monde” (en donnant vie aux lois que l’occident nomme lois de causes à effets). Mais quand on regarde de plus près, on se retrouve face à un vide culturel total. Combien de gabonais comprennent ou pratiquent réellement le Mvet, l’Okouyi ou le Bwiti ? Que savent-ils profondément de ces croyances ? La société est-elle organisée pour préserver la dimension sacrée de ces rites ? Sinon, pourquoi célèbre-t-on toutes sortes de fêtes importées sans jamais accorder une seule journée à ces rituels… dans chacune des provinces du pays?

La Fédéralitude, initiée par José Mene Berre, avec son idéologie innovante et son projet de développement est la seule idéologie, qui jusque-là, prend en compte des facteurs déjà identifiés par des millions des personnes, comme étant des facteurs bloquant à l’émergence réelle du continent africain. Elle redonne à l’homme la place première qui est la sienne. Elle s’appuie sur quatre piliers qui donnent vie à la notion d’état-nation, sans nier la nation tribale, mais plutôt en lui octroyant le rôle principal dans le développement de l’état-nation, car c’est elle qui garantit l’ancrage des valeurs qui favoriseront le vivre ensemble et la paix pour tous.

La Fédéralitude c’est la restauration de l’humanité en remettant l’homme
au centre !

La Fédéralitude est un projet conçu pour l’homme au sens le plus large de l’humanisme, afin qu’il reprennent la place qui est la sienne au centre de toutes les sociétés. Elle s’affranchit des mécanismes en vigueur qui ne produisent que de la misère et la désolation pour le plus grand nombre. Les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et les riches le deviennent encore plus, en esclavagisant leurs semblables comme si cela découlait d’un droit divin. La Fédéralitude pose le cadre idéal pour défendre le plus vulnérable et interpelle notre éthique à tous.

Elle s’interroge et nous interroge au passage sur une question à laquelle personne n’ose répondre ouvertement de peur de déclencher une vague de questionnements dans les esprits de nos contemporains :
QUEL INDIVIDU, QUEL GROUPUSCULE, QUEL CLAN… A LA LÉGITIMITÉ
DE DIRIGER QUI ?

Réfléchissons ensemble…

 

 

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4 réflexions au sujet de « Le tribalisme, la tribalité et la Fédéralitude. Quels enjeux ? »

  1. La notion de « tribalité africaine » qui est mise en avant au début de l’article me semble inappropriée si l’on se réfère à l’organisation clanique de l’Afrique bantu. Le clan est le fondement de l’organisation communautaire qui va au-delà de l’ethnie. Le terme « tribu » ne correspond à aucune représentation sociale bantu.

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    1. Laurent, pouvez-vous reconnaitre l’organisation des communautés bantou en Famille – Clan-Etnie, et nous définir en les localisant le caste, le clan et la tribu ?

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  2. Le tribalisme est la perversion occidentale de la tribalité africaine et saine à des fins de domination minable criminelle ; c’est du vampirisme politique. Le meilleure antidote est le tribalisme rationnelle, savoir, la construction d’un paradigme sociétal moderne qui restaure la tribalité et l’epanouit dans les limites du territoire  » État nation » néocolonial unitaire sorcier africain réputé alors transitionnel vers une fédération au minimum régionale comme la CEDEAO où la liquidation révolutionnaire de la conférence criminelle occidentale de Berlin se fera pour redonner aux communautés nations authentiques africaines ancestrales légitimes sacrées leurs dynamiques endogènes originelles respectant la base de leurs intérêts et valeurs africaines solidaires holistiques universelles.

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