Afrique : de la bulle papale de 1454 à la logique de la co-construction

Cela fait plus de deux millénaires que les Romains ont conquis l’Égypte antique (en l’an 30 avant notre ère). Ils en ont fait une de leurs provinces. L’Egypte antique à laquelle s’identifient les générations africaines a perdu son rayonnement. Depuis cette époque, l’Europe ou disons l’Occident, domine le monde. Au vu des enjeux modernes, nous pouvons nous poser les questions suivantes : Comment envisager les relations politiques entre l’Afrique et ses anciens colonisateurs ? Comment refonder les relations entre les Etats africains dont les sous-sols abondent en matières premières inexploitées et les Etats industrialisés qui doivent assurer leur approvisionnement en matières premières capitales pour leurs activités économiques ? Quelle tournure cette histoire de dominants et dominés doit-elle prendre ?

Des revendications à profusion ?
Nous constatons de plus en plus des revendications de toutes sortes de la part des africains:
– la lutte contre les dictateurs (dont certains seraient soutenus par les puissances occidentales?) et la demande de plus de démocratie. On parle de souveraineté politique;
– l’abandon du Franc-CFA dans les anciennes colonies françaises d’Afrique (d’où le terme CFA). On parle de souveraineté monétaire ;
– le retrait des bases militaires françaises des anciennes colonies. On parle de souveraineté militaire ;

– le retrait des pays africains de la CPI (Cour Pénale Internationale). On pourrait parler de la souveraineté en matière de Justice.
Mais, une vraie question se pose : les Etats africains sont-ils vraiment souverains et sont-ils vraiment prêts ? Tant qu’on n’aura pas répondu franchement à ces questions, les revendications auxquelles on assiste actuellement ne sont-elles pas (malheureusement !) vouées à l’échec ou à produire les effets contraires que ceux auxquels on rêve ?

Quelques questions pour réfléchir…

A tous nos frères africains qui luttent qui ont fait de l’unité africaine ou du panafricanisme leur cheval de bataille en s’opposant parfois farouchement aux puissances occidentales, quelles réponses donneriez-vous aux questions suivantes?

– Comment se fait-il que Mouammar Khadafi ait été tué au moment où ses projets d’unification de l’Afrique devenaient de plus en plus insistants… avec des actions telles que la création d’une Banque africaine, le financement de satellites africains, etc. ?

– Par analogie : Savez-vous que la Syrie qui se détruit actuellement sous une pluie de bombes est un Etat dans lequel les autorités religieuses et politiques prônaient la réunification du monde arabe?

– Comment expliquez-vous ce conseil donné par Edward Chester Norris, ancien ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en Guinée Equatoriale et président de CSM Nomeco au président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et qui se trouve à la page 193 du livre « Ma vie pour mon peuple » de l’homme fort de la Guinée Equatoriale : « En conclusion, je voudrais m’adresser à vous, Monsieur le Président, et me permettre de vous donner un conseil amical : continuez à traiter équitablement les compagnies pétrolières et il n’y aura pas de limites à la croissance et à la prospérité dont jouira la Guinée Equatoriale  » ?

– Comment expliquer les difficultés de convertibilité énormément affaibli ou conduit certaines monnaies à des taux d’inflation hors norme ou à leur totale dévaluation (voire disparition) : Ekwelé (Guinée Equatoriale), Franc guinéen (Guinée Conakry), le Zaïre, le Kwanza (Angola actuelle), etc. Est-on prêt à confier la planche à billets à des gouvernants enclins à l’enrichissement personnel ?

Encore une fois : la vraie question est « les pays africains sont-ils prêts et sont-ils réellement souverains? ». Voici un élément de réponse. Mais, vous pouvez en trouver d’autres.

La bulle papale du 8 janvier 1454

Commençons par définir les termes : « une bulle papale » est un document à travers lequel le pape pose un acte juridique important. Transportons-nous maintenant cinq (5) siècles en arrière.

Le 8 janvier 1454, le Pape Nicolas V de son vrai nom Tommaso Parentucelli (1398-1455), signe la bulle papale « Romanus Pontifex » afin de donner au roi du Portugal Afonso V et au Prince Henry ainsi qu’à tous leurs successeurs, le monopole de toutes les conquêtes en Afrique. En termes plus clairs, par cette bulle, le pape autorisait l’esclavage et la réduction en servitude perpétuelle toutes les personnes, considérées comme infidèles et ennemies du Christ. Mais aussi, l’appropriation de tous les biens et royaumes appartenant à ces personnes.

Qu’en est-il aujourd’hui ? 

En juillet 2014, la Banque mondiale a lancé le projet de « la carte à un milliard de dollars » avec pour but de réaliser la cartographie des ressources naturelles du continent africain. C’est un investissement destiné à mettre en évidence la réalité minéralogique du continent africain tout en comblant les vides des données géologiques existantes. Est-ce un projet philanthropique ? Certainement pas.  L’Afrique regorge de ressources stratégiques. Ces dernières intéressent le monde occidental mais aussi les nouveaux pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine). Les époques ont changé. Les méthodes aussi ont été adaptées à l’époque. Mais, l’intérêt pour les ressources naturelles de l’Afrique n’a pas changé. Il n’est donc pas difficile de comprendre que l’Afrique vit sous le même paradigme qu’au 15e siècle.

Autrement dit, tant que le sous-sol, le sol, la faune, la flore, la nature… du berceau de l’humanité  détiendront les matières dont le monde, particulièrement l’Occident, a besoin pour fonctionner, les africains ne seront pas les « seuls maîtres » à bord du continent africain. Les terres africaines subiront l’influence des puissances extérieures (Europe, Amérique, Chine, Russie, Inde, Brésil…). Le risque, est même de voir ces puissances se liguer et d’organiser un partage du gâteau (plus discret que le partage de Berlin en 1884), pour éviter de s’affronter entre-eux.

La co-construction et le co-développement pacifiques comme voie du salut pour tous

Compte tenu des enjeux géostratégiques qui pèsent sur les Etats africains, les membres du courant de pensée de la Fédéralitude (initié par José Mene Berre), ont développé une réflexion qui aboutit à la logique dite de la co-construction et du co-développement des Etats africains.

Pour certains, cette logique de non-confrontation à l’Occident pourrait paraître inadéquate. Mais, nous sommes certains que c’est une logique de compromis qui ne peut que pacifier les relations entre les détenteurs des matières premières et les puissances consommatrices de ces matières. En revanche, la logique d’émancipation des Etats africains visant à priver ces puissances des précieuses ressources si convoitées, ou à vouloir se développer « contre » ou « au détriment » des grandes puissances industrielles occidentales conduira à des affrontements dont l’Afrique en sortira perdante.

Cas concret : le Gabon

Dans un article séparé, nous illustrons nos promos en prenant l’exemple du Gabon. En attendant que vous lisiez cet article (https://wp.me/p5HRCb-ny), retenons ceci :

La vraie richesse d’un pays réside, non pas dans ses matières premières, ressources naturelles ou minérales, mais dans son organisation politique. 

José Mene Berre

Lien court : https://wp.me/p5HRCb-ny

Révision : 09.11.2017

Écoutons l’analyse de l’un des participants aux journées d’été de la Fédéralitude en 2014

Illustration : CC0 Creative Commons https://pixabay.com/fr/poign%C3%A9e-de-main-respect-coop%C3%A9rer-2009183/

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